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May 14, 2008

Millénium – Stieg Larsson

Filed under: Littérature — Lib @ 3:46 pm
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Publiée en Suède en 2004, cette trilogie policière n’a paru en France, chez Actes Sud, qu’en 2007. Le roman policier suédois a déjà fait ses preuves – Mankell en est la preuve. Larsson – décédé en 2004, mille fois hélas – nous plonge dans un univers noir et glacé avec un talent qui confirme ce que je pensais depuis quelques temps déjà : le roman policier est ce qui, aujourd’hui, se fait de mieux en matière de littérature contemporaine. En effet, au-delà d’Ikéa, d’Ericsson et des compétitions de patinage artistique à Göteborg, que savais-je de la Suède ? Pas grand chose. Non seulement Larsson m’a-t-il divertie, il m’a aussi plongée dans un univers, une culture que je ne connaissais pas. Le roman policier, ou l’introduction la plus complète, actuellement, aux réalités d’autres mondes ?

Tome 1 – Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes

It’s all in the title, isn’t it ? Le roman est émaillé de statistiques assez effrayantes sur la condition féminine des Suédoises. En effet, au pays des étagères Billy, les hommes n’aiment pas les femmes…

Tout commence à la Agatha Christie : une île perdue au milieu de nulle part, un meurtre irrésolu depuis cinquante ans. Les coupables présumés ? Ceux qui étaient sur l’île au moment de la disparition de la jeune victime. Un petit air de Dix Petits Nègres mâtiné du Crime de l’Orient-Express, non ? Un journaliste désoeuvré parce que victime d’un scandale financier est chargé, par l’oncle de la jeune victime, d’élucider le mystère. Rien de bien original, me direz-vous. J’irai même jusqu’à dire que l’intrigue est légèrement prévisible.

Mais le génie de Millénium 1 n’est pas dans la situation narrative, mais dans les personnages et leur psychologie. Larsson s’y entend à créer des personnalités qui sont plus que des créatures de papier. Erika Berger, rédactrice de la revue Millénium qui prête son nom à la trilogie. Henrik Vanger, le patriarche hanté par la disparition de sa nièce, Harriet, cinquante ans plus tôt. Et surtout : Mikael Blomberg, le journaliste détective. Lisbeth Salander, la crack en informatique, asociale soupçonnée de psychopathie. Petite, maigre et brune… loin du cliché de la Suédoise grande et blonde. Deux personnages dignes de figurer au Panthéon des créations littéraires.

Car au fond, l’intrigue, brillamment menée, n’est que prétexte au développement des relations entre ces êtres humains, et en particulier de celle entre Mikael et Lisbeth. Entre indifférence et attirance, ils s’opposent et se complètent, se séduisent et se repoussent, et c’est à la lumière de ces rapports que le lecteur, peu à peu, apprend à les comprendre. Rassurez-vous cependant, toutes les réponses ne sont pas données dans le premier tome. Jamais, même… Le décès prématuré de l’auteur donnant à jamais un petit goût d’inachevé à la trilogie.

D’excellents personnages, donc. Une intrigue rondement menée. Un décor propice au frisson. Et un roman résolument contemporain, qui utilise à merveille les recettes ancestrales du polar pour les renouveler et donner à son roman un goût de XXIe siècle, gorgé de piratage informatique, de scandales politiques et financiers – et d’amours libertines. Une alchimie au parfum doux-amer, à la fois nostalgique et novatrice, qui fait de Millénium un de ces livres que l’on ne peut lâcher, une fois commencés.

Tome 2 – La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Un livre au titre curieux, roublard comme pas deux : en effet, une fois entamé le second volume de la trilogie Millénium, assurez-vous d’avoir le troisième à portée de main – nul repos entre les deux ouvrages, qui forment un diptyque (je ne sais jamais où mettre le i et le y…) à l’intérieur même de la trilogie. Les hommes n’aiment toujours pas les femmes, et le complot se mesure à plus grande échelle. La victime est ici Salander. Les bourreaux de plus en plus nombreux, de plus en plus haut placé. L’intrigue se complexifie, se ramifie, se développe. Les personnalités de chaque personnage en font autant.

Aidée par une jeune thésarde, Mia, et par Dag, journaliste, la rédaction de Millénium s’apprête à révéler un scandale fumant autour d’un réseau de prostitution. Mais Dag et Mia sont assassinés. Lisbeth Salander est accusée. D’autres révélations sont mises au jour. Le scandale dépasse les milieux glauques du proxénétisme et fait apparaître un homme au passé mystérieux, Zala – et dont les agissements présents ne sont pas plus clairs… Difficile de résumer une intrigue qui tient à la fois du roman policier, de l’analyse psychologique, du roman d’aventure, du reportage documentaire…

Larsson prouve ici qu’il est apte à maintenir une dizaine de fers au feu, à jongler avec tant de boules qu’il fait tourner la tête de son lecteur – tout en ne perdant jamais de vue son but initial. Le lecteur est emmené dans des méandres dont il ne soupçonnait pas l’existence, mais retombe toujours sur ses pieds, abasourdi par de nouveaux rebondissements menés d’une main de maître.

Tome 3 – La Reine dans le palais des courants d’air

Un final étourdissant qui, au fond, n’en est pas vraiment un – trop de pistes sont laissées ouvertes, et tout lecteur attentif se doute que Stieg Larsson ne comptait pas en rester là.

L’énigme Salander continue – et la jeune femme n’est pas disposée à aider Mikael ou le lecteur à la résoudre. Ce qui fait tout son charme, me direz-vous. Malgré son physique de chat écorché, son refus de communiquer, Lisbeth devient, en quelque sorte, l’emblème de tout ce que les hommes font subir aux femmes. Refusant de se lancer dans d’assommantes analyses psychologiques afin d’expliquer le personnage, Larsson se contente de la décrire en action, face à un monde qu’elle appréhende mal, et cela la met en relief, la rend plus réelle que ne le ferait n’importe quel long discours introspectif. Lisbeth a le tranchant d’un diamant brut, elle dérange et chamboule les idées reçues, et le lecteur s’y attache au fur et à mesure qu’il la découvre, qu’il apprend son histoire et ses persécutions. Et qu’il est témoin de son évolution. Car Lisbeth refuse de se laisser enfermer dans son personnage du premier tome. Elle change, comme on le fait dans la vraie vie.

Une bonne surprise, donc. Une trilogie qui mérite de trôner dans le palmarès des meilleures ventes. Une preuve que la littérature suédoise a encore bien des surprises dans la manche. Une future adaptation cinématographique en projet. Larsson nous a quitté, mais il nous a laissé son chef-d’oeuvre inachevé.

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2 Comments »

  1. Wow, ça t’a vraiment inspiré, dis-moi ^^ Remarque, il y a de quoi !

    Juste un détail (je chipote, oui) : il me semble que Nokia, c’est finlandais. En revanche, Erikson, ça, ça doit être suédois.

    Comment by Petite Pêche — May 14, 2008 @ 6:07 pm | Reply

  2. oops. T’as rien vu…

    Comment by Lib — May 14, 2008 @ 8:10 pm | Reply


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